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Les chiens de chasse. Jørn Lier Horst. Entretien

« Quand la pièce maîtresse dans la chaîne des preuves disparaissait, cela ouvrait de nouvelles perspectives.  À l’époque, le résultat ADN avait claqué toutes les autres portes. Une enquête ouverte s’était d’un coup focalisée sur une seule chose, un seul homme. Les recherches tous azimuts s’étaient trouvées réduites à la persécution d’une personne. Et le temps jusqu’au procès n’avait été utilisé que pour conforter l’accusation. »

Pouvez-vous présenter William Wisting aux lecteurs français qui ne le connaîtraient pas encore ?
William Wisting a gravi les échelons dans la police et travaille comme enquêteur au commissariat de Larvik.
Quand j’ai voulu créer un nouveau héros de roman policier, j’avais une idée bien précise de mon personnage. J’en avais assez de lire des histoires où les enquêteurs résolvaient tout seuls des meurtres en étant à moitié bourrés. J’avais envie d’avoir un héros qui ressemble davantage aux policiers que je rencontrais dans mon métier. Et ce devint William Wisting. C’est un policier compétent, épris de justice, qui prend très au sérieux son rôle dans la société. Un enquêteur expérimenté qui connaît les zones sombres de l’âme humaine. Il vit dans une société en mutation où la police norvégienne a de nombreux défis à relever. C’est un homme pour qui la conscience, l’intégrité et l’humanité ne sont pas des vains mots et qui espère sincèrement, par son action, contribuer à créer un monde meilleur.

Vous avez quitté la police en 2013. Dans quelle mesure cet événement a-t-il modifié votre écriture ?
J’ai quitté la police en septembre 2013, après presque vingt ans de bons et loyaux services. Cela a été à maints égards un métier qui m’a formé en tant qu’être humain, et mes livres sont forcément marqués par cela. Le travail d’enquêteur permet d’avoir une bonne vue d’ensemble sur la société et cela a été le point de départ pour écrire des romans policiers que j’ai voulus réalistes.
Mon travail m’a fait côtoyer des meurtriers, des violeurs et d’autres criminels. D’avoir affronté leurs colères, leurs frustrations ou leurs regrets m’a permis de donner une tension authentique à mes livres.
Même si, de fait, j’ai quitté le métier, je suis toujours dedans quand j’écris.

L’intrigue mêle une enquête en cours, le retour d’une vieille affaire qui ressemble à un « cold case » et un scandale interne à la police, qui finissent tous trois par converger. Jusqu’où votre vécu d’enquêteur vous sert-il dans l’élaboration de l’intrigue ?
Les Chiens de chasse repose en grande partie sur un vécu personnel et peut-être plus particulièrement sur mon travail lors de la plus grande affaire d’extorsion de fonds qu’ait connue la Norvège où, à l’instar de William Wisting dans le roman, j’ai été convoqué par la police des polices et accusé d’avoir produit de fausses preuves. J’ai évidemment été blanchi, mais en tant qu’enquêteur de longue date, il va sans dire que ça fait une drôle d’impression de se retrouver en salle d’interrogatoire de l’autre côté de la table et de devoir répondre à des questions.

À la différence d’une majorité d’auteurs de romans policiers qui préfèrent les ambiances urbaines, vous situez l’action dans des lieux isolés. Pensez-vous que ce cadre fait mieux ressortir la noirceur des criminels ?
L’action de mes livres se situe dans la ville où j’habite. Ce n’est pas tout à fait un lieu isolé, mais une petite ville de province. Stavern est connue pour être la jolie ville côtière qui bénéficie du meilleur ensoleillement de toute la Norvège. Mais ici aussi on trouve des zones d’ombre, des côtés sombres. Quand j’écris, je m’appuie entre autres sur ce contraste entre une société paisible et les événements violents qui s’y produisent.

Entretien réalisé à l'occasion de la parution des Chiens de chasse.
Propos traduits par Hélène Hervieu.

© Gallimard