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Paul Morand (1888-1976)

Paul Morand, disparu il y a quarante ans cette année, mena de pair une carrière diplomatique et littéraire très féconde. Son œuvre compte une centaine de romans, nouvelles, portraits de villes et chroniques. Il est l’un des premiers chantres de la vie moderne, du cosmopolitisme, des voitures de course, du jazz et des voyages.

Affiche de librairie pour New York de Paul Morand, 1930. Archives Éditions Flammarion.

Affiche de librairie pour New York
de Paul Morand, Flammarion, 1930.

Paul Morand est né en 1888 à Paris, rue Marbeuf, sur l’emplacement du célèbre Bal Mabille. Son père était directeur de l'École des arts décoratifs, la famille aisée, cultivée. Lui-même fera ce qu'on appelle communément un « riche mariage ».

Après des études en France (École des sciences politiques) et en Angleterre (université d'Oxford), il entre dans la carrière diplomatique en 1913 comme secrétaire d'ambassade à Londres. De retour au Quai d'Orsay en 1916, il fréquente les milieux politiques, diplomatiques, mondains, et se lie avec Proust, Cocteau, Misia Sert avec lesquels il partage le goût des soupers fins et la passion de la littérature. Dans le Journal d'un attaché d'ambassade (1916-1917), paru en 1948, il fera la démonstration de l'acuité de son regard, de la vivacité de sa plume et d'un art consommé de l'instantané. 

Paul Morand, Bouddah vivant, Grasset, 1928 (« Aux Aldes »). Eaux-fortes d'Alexeieff.

Édition « Aux Aldes » de Bouddah
vivant. Eaux-fortes d'Alexeieff, 1928.

C'est cependant en qualité de poète qu'il débute dans la littérature, en 1919 et 1920, avec Lampes à arc et Feuilles de température. Dès cette époque, il collabore régulièrement à La NRF. Son premier recueil de nouvelles est publié l'année suivante, mais c'est Ouvert la nuit et Fermé la nuit qui lui apporteront une audience internationale et une réputation de portraitiste des Années folles. De ses postes à Rome, Madrid et Bangkok, et surtout d'un tour du monde qu'il effectue pendant des vacances prolongées, il ramène de remarquables textes sur les villes : New York, Londres (suivi du Nouveau Londres en 1965), Bucarest, et Bouddha vivant, Magie noire, Paris-Tombouctou, etc., jusqu'à La Route des Indes en 1935.

En 1933, il entre au comité directeur du Figaro. Il ne cesse, pour autant, de publier : notamment Les Extravagants, où il semble avoir atteint, et certainement avec Milady, l'idéal littéraire de dépouillement qu'il s'était fixé, ainsi qu'en témoigne une lettre à ses parents où il exprime son désir de voir s'évanouir l'image du poète dans « une écriture simple où l'art n'apparaîtra pas à première vue ».

Paul Morand, Le Flagellant de Séville, Gallimard, 2012 (« L'Imaginaire »)

Le Flagellant de Séville de Paul
Morand dans « L'Imaginaire »,
2012.

Pendant la guerre, le gouvernement de Vichy le nomme ambassadeur en Roumanie, d'où son épouse est originaire, puis à Berne. Sa carrière diplomatique prend fin à la Libération. Depuis 1944, révoqué, il vit entre la Suisse et la France.
Depuis le tournant amorcé avec Milady, l'amer Monsieur Zéro et après L'Homme pressé de 1941, toute l'œuvre de Paul Morand apparaît comme une confirmation que, s'il a été conduit à quitter peu à peu la surface des choses et des êtres pour en étudier les profondeurs, c'est moins bousculé par les revers de l'Histoire que pressé par une nécessaire, par une irréversible progression intérieure, finalement indifférente aux événements. Ainsi Le Dernier jour de l'Inquisition, Le Flagellant de Séville, ainsi Le Prisonnier de Cintra, Hécate et ses chiens et Tais-toi (1965) sont-ils d'un écrivain qui a gagné, certes en pessimisme, mais en lucidité, sans rien céder, pourtant, de la nervosité de son style.

Son œuvre compte une centaine de romans, recueils de poésies et de nouvelles, portraits de villes et chroniques, auxquels on peut ajouter une pièce de théâtre, un ouvrage historique sur Fouquet, un recueil de préfaces et de monographies sur ses auteurs préférés (Monplaisir... en littérature, 1967). En dépit d'une forte résistance, Paul Morand a été admis à l'Académie française en 1968. Venises, une chronique de voyages, sera son dernier ouvrage. Paul Morand est mort en 1976.

Indications bibliographiques

Œuvres de Paul Morand aux Éditions Gallimard

  •  Marcel Schneider, Morand, Gallimard, 1971 (« Pour une bibliothèque idéale »)

© Éditions Gallimard