• Imprimer

Premiers romans janvier 2021

Abigail Assor. Photo Francesca Mantovani copyright Gallimard

AUSSI RICHE QUE LE ROI

Abigail Assor

Éblouie par les fastes de la haute société de Casa, la belle Sarah jette son dévolu sur un jeune héritier dans l’espoir fou d’échapper à son destin.

RÉSUMÉ

Années 90, Casablanca. Sarah n’a rien et à la sortie du lycée, elle rencontre Driss, qui a tout ; elle décide de le séduire, elle veut l’épouser. Sa course vers lui, c’est un chemin à travers Casa et ses tensions : les riches qui prennent toute la place, les joints fumés au bord de leurs piscines, les prostituées qui avortent dans des arrière-boutiques, les murmures faussement scandalisés, les petites bonnes harcelées, et l’envie d’aller ailleurs. Mais ailleurs, c’est loin.

EXTRAIT

« Il y avait l’odeur des brochettes, les gars des tables Coca-Cola qui la sifflaient : t’es belle petite, le bruit sur le terrain d’en face avec les chants du Raja, l’équipe de foot de Casa ; il y avait le vent frais de janvier, le tintement des canettes qui s’entrechoquaient, les insultes, les crachats ; et il y avait Driss, là, sur le côté. Elle le voyait, géant sur ses jambes courtes, une main tranquille sur l’épaule du flic, et l’autre fouillant sa poche pour lui glisser un petit billet de cent, sa bouche lançant quelques blagues entendues, un clin d’œil de temps en temps ; et le flic en face souriait, attrapait le billet, donnait à Driss une tape dans le dos, allez, prends une merguez, Sidi, ça me fait plaisir. Driss, le géant au milieu des pauvres, Driss le géant qu’elle venait d’embrasser, pensait Sarah ; avec son fric, il n’y aurait plus jamais de flic, plus jamais de lois — ce serait eux deux, la loi. »

LU & CONSEILLÉ par Laura Mouveaux, Librairie Sauramps Odyssée (Montpellier)

« La voix d’Abigail Assor nous offre un premier roman mouvant, tout en chair et en battements de cœur. Elle est d’une immense justesse, ses personnages sont complexes et uniques. On croit en chaque mot, on perçoit chaque mouvement, chaque regard, on se fond dans la vie de Lalla Sarah, la Française du bidonville de Casa. Une voix prometteuse, une auteure à suivre ! »

En savoir plus

Feuilleter le livre

LE PASSEUR

Stéphanie Coste

Stéphanie Coste. Photo Francesca Mantovani copyright Gallimard

En Libye, un trafiquant d’espoir sans scrupule est soudainement rattrapé par les fantômes de son passé.

RÉSUMÉ

Quand on a fait, comme le dit Seyoum avec cynisme, « de l’espoir son fonds de commerce », qu’on est devenu un des plus gros passeurs de la côte libyenne, et qu’on a le cerveau dévoré par le khat et l’alcool, est-on encore capable d’humanité ? C’est toute la question qui se pose lorsqu’arrive un énième camion rempli de candidats désespérés à la traversée. Avec ce convoi remonte soudain tout son passé : sa famille détruite par la dictature en Érythrée, l’emprisonnement, la torture, son amour perdu…

EXTRAIT

« Je raccroche et me dirige vers la cahute sur la plage où ces gros porcs de garde-côtes m’attendent. Des groles défoncées et des lambeaux de vêtements sont éparpillés un peu partout sur le sable blanc, la mer turquoise en arrière-plan. Ils ont à peine nettoyé après le dernier naufrage. Du côté italien on doit plus souvent ramasser des bouteilles de Pepsi et des emballages de sandwichs. Je ricane en pensant à cela. Au bord de l’eau un reste de canot éventré dégueule des paquets d’algues noirâtres. J’aperçois un morceau de jouet rose coincé à l’intérieur. Une bourrasque soulève le magma et laisse voir un visage de poupée. Les algues m’évoquent des bestioles immondes qui auraient tout dévoré sauf cette tête en plastique. Un nouveau coup de vent embarque des sacs plus loin. On dirait des ballons crevés de toutes les couleurs sortis d’une fiesta. Un nuage venu de nulle part cache le soleil et me rappelle la tempête prévue. Qu’elle ne moufte pas dans les deux jours à venir. Si le bateau doit chavirer autant qu’il chavire en face. »

LU & CONSEILLÉ par Aurélie Janssens, Librairie Page et plume (Limoges)

« Un roman aussi dur et glaçant qu’intelligent, sur l’un des plus grands drames de notre monde actuel. »

En savoir plus

Feuilleter le livre

ICI-BAS

Pierre Guerci

Pierre Guerci. Photo Francesca Mantovani copyright Gallimard

Issu d’un amour adultère, un fils mal-aimé décide d’accompagner son père dans les derniers instants de sa vie. Un roman empreint d’humanité et bouleversant.

RÉSUMÉ

Atteint d’une maladie neurodégénérative, le père du narrateur est pris en charge par le service d’hospitalisation à domicile. Il a engendré deux lignées, séparées d’une génération ; à trente ans, le narrateur est son petit dernier. Les mains dans le cambouis et l’esprit à son devoir, le jeune homme vit avec le malade au quotidien et essaie de prendre la mesure de sa décrépitude. Les rapports avec les autres membres de la famille se tendent jusqu’à ce que la mort du père aiguise davantage les rivalités. Les deux fratries, en bisbille pour l’héritage, ne s’adressent plus la parole : la famille est définitivement morte en même temps que le patriarche, et la vie reprend son cours.

EXTRAIT

« Souvent sur le perron d’un hôpital ou dans le hall, au bout des couloirs mal éclairés, on pense à la vie. Ceux qui y travaillent pensent plus probablement à leur tâche, à ce qu’ils vont manger à midi ; peut-être pensent-ils aussi à leur vocation médicale et à leurs enfants. Mais nous autres, nous pensons à la vie. Nous n’entrons dans cet espace où le temps est suspendu qu’avec appréhension, et si d’aventure nous en sortons soulagés et bien-portants, ce peut être aussi tout bêtement dans un grand sac en jute, les pieds devant. Ce matin-là que nous en sortions mon père et moi, ce n’était ni soulagés, ni tout à fait morts. Sortis sans être sortis à vrai dire, puisque l’hôpital, m’avait-on assuré, nous accompagnerait à la maison. Il s’invitait, on restait dans son orbite, on ne lui échapperait plus ; et tout en retenant le fauteuil roulant sur le petit plan incliné après les doubles portes, je songeai que je pourrais aussi bien être en train de le pousser dans l’autre sens. De toute façon, dans quelque sens qu’on le prenne, ce plan incliné ne pouvait ni aggraver ni inverser la grande pente qui s’était amorcée un mois plus tôt, quand nous étions arrivés ici, et même deux ans plus tôt, quand ses premiers troubles de l’équilibre s’étaient manifestés. Au fond, la pente est toujours déjà amorcée, elle est simplement plus ou moins pentue, se fait plus ou moins sentir. Une seule chose est certaine : quand la fi n approche, elle devient fortement concave. »

LU & CONSEILLÉ par Lydie Baillie, Librairie Aux lettres de mon moulin (Nîmes)

« Un premier roman au style remarquable qui nous renvoie en miroir à notre propre humanité. Avec la perte du père c’est aussi le statut d’enfant qu’il faut accepter de voir mourir. »

En savoir plus

Feuilleter le livre

Nolwenn Le Blevennec. Photo Francesca Mantovani copyright Gallimard

LA TRAJECTOIRE DE L'AIGLE

Nolwenn Le Blevennec

Quand une jeune femme s’éprend d'un homme qui n'est pas pour elle... Déraison et sentiments : chronique d'une addiction amoureuse.

RÉSUMÉ

La narratrice, journaliste parisienne, vit une histoire joyeusement chaotique avec Igor, un homme de vingt ans son aîné, veuf d’une épouse trop tôt disparue. Lors d’un pot donné dans sa rédaction, elle rencontre Joseph, directeur artistique surdoué et cynique. S’ensuit une liaison enflammée, une rupture, et un chagrin d’amour dont seuls le temps, l’humour et la littérature pourront peut-être la sauver… Chronique ardente d’une addiction amoureuse, La Trajectoire de l’aigle explore les comportements les plus absurdes induits par la passion, surtout lorsqu’elle est interdite.

EXTRAIT

« Si je suis honnête avec moi-même, au risque de passer ici pour une débusqueuse de veufs, c’est sans doute parce que Igor s’effondrait que je me suis attachée à lui. C’est son déséquilibre qui m’a intéressée. Son expérience supplémentaire. Et justement : c’est bien pratique de le dire comme ça après coup, mais je pense qu’il me fallait rattraper ce surplus de vie pour ne pas rester une éternelle jeune fille, spectatrice ad vitam d’un homme ayant vécu. Voilà pourquoi je n’ai jamais réussi à me sentir coupable de mon histoire avec Joseph. Pour moi, ce n’est pas une vengeance, mais un juste retour des choses. Une péripétie logique. Le risque qu’Igor a pris. L’heure de mes aventures. »

LU & CONSEILLÉ par Marie Hirigoyen, Librairie Hirigoyen (Bayonne)

« Un premier roman percutant qui dit les intermittences du désir, les sentiments incontrôlables, le torrent des émotions et les secrets qui refusent de le rester. Humour rageur et formules assassines en cascade pour de nouveaux fragments d’un discours amoureux. »

En savoir plus

Feuilleter le livre

DE SEL ET DE FUMÉE

Agathe Saint-Maur

Agathe Saint-Maur. Photo Francesca Mantovani copyright Gallimard

Samuel, jeune bourgeois, et Lucas, militant antifasciste : deux étudiants passionnés s'aiment, se désirent et se déchirent dans un Paris enflammé par des manifestations.

RÉSUMÉ

Samuel raconte Lucas — l’amour, le désamour, le sexe après l’amour, l’amour après la mort de Lucas.
Samuel, d’une bourgeoisie de gauche, et Lucas, d’un milieu populaire, étudient à Sciences Po. La Manif pour Tous défile. Lucas, très engagé aux côtés des « antifas », descend dans la rue avec son bandana rouge au milieu des fumigènes. Il est blessé lors d’une bagarre, il ne survit pas.
Samuel se souvient de Lucas — de leur rencontre, de leurs hésitations, du désir fou, des jalousies, des ruptures. Car Samuel n’a jamais tout à fait coupé les ponts avec Victoire, qu’il a aimée ; car Lucas s’est laissé séduire par Mélanie aux jambes fines et fuselées. Ils n’ont rien pour s’entendre, tout pour se plaire. Ils tombent amoureux et c’est un amour hérissé de violence et de tendresse, qui laisse sur les lèvres un goût de sel et de fumée.

EXTRAIT

« Je connais par cœur le poids de ses hanches, l’alternance des sons aigus et rauques de son rire d’enfant fumeur, le chemin emprunté par la sueur qui part de son front jusqu’aux ailes de son nez quand la chaleur l’accable, la note un peu plus sévère de sa voix quand il parle politique, l’expiration contenue de son plexus quand un opposant l’agace, la rougeur de ses joues après l’amour. Je sais que, comme moi, il donne des coups de poings dans les murs lorsqu’il est énervé, et qu’il est du genre à aller acheter des croissants pour le petit déjeuner quand vous vous êtes endormis fâchés. Je peux m’apercevoir les yeux fermés qu’il a pleuré rien qu’en écoutant sa respiration, et je sais deviner quand il va rire en observant le fourmillement du coin de son œil droit. Je l’ai vu emmitouflé dans un anorak, sous des centimètres de neige, la nuit en Suède, et nu, enroulé dans un drap, au réveil, à Bangkok. Je l’ai vu se concentrer, se révolter, mentir, lire des recueils de poésie, se taire, vomir, réciter des poésies, mâcher, cracher, me séduire, me dire qu’il m’aime, se moquer de moi, me dire qu’il m’aime, me sucer, me dire qu’il m’aime.
Et puis, je l’ai vu mourir. »

LU & CONSEILLÉ par MARIE MICHAUD, Librairie Gibert Joseph (Poitiers)

« Pas besoin de plus de quelques pages pour être touché en plein cœur par l’histoire d’amour tragique de Samuel et Lucas. On connaît la fin, mais on s’attache à ces jeunes gens ordinaires dont la pulsion de vie et les errements nourrissent le roman. Agathe Saint-Maur a indéniablement la capacité de faire vivre et résonner fort en nous la voix de son personnage. »

En savoir plus

Feuilleter le livre

Ouvrages associés